Découvert par Henry Walter Bates en 1862 dans les forêts d'Amazonie, le mimétisme batésien est l'une des plus belles démonstrations de la sélection naturelle en action. Chez les syrphes européens, il produit des ressemblances frappantes — et reste fragile face au déclin des Hyménoptères.
À retenir
- Décrit par H.W. Bates en 1862 après 11 ans en Amazonie : les mimiques « volent » la réputation du modèle
- Les syrphes sont l'exemple paradigmatique en Europe (6 000 espèces mondiales)
- Mimétisme batésien ≠ müllérien : dans le batésien, seul le mimique est inoffensif
- Le déclin des guêpes sociales affaiblit la protection mimétique des syrphes
- Le frelon asiatique perturbe ces équilibres en prédatant directement les syrphes
Henry Walter Bates et la naissance du concept (1862)
En 1848, le naturaliste Henry Walter Bates part pour l'Amazonie avec Alfred Russel Wallace. Il y passe 11 ans, collectant plus de 14 712 espèces dont 8 000 nouvelles pour la science. Parmi ses découvertes : des papillons de familles différentes présentant des ailes presque identiques — les uns toxiques, les autres non.
En 1862, Bates publie dans les Transactions of the Linnean Society la première description du phénomène qui portera son nom : les espèces inoffensives (« mimiques ») ont évolué pour ressembler à des espèces dangereuses (« modèles »), profitant de leur signal d'avertissement. Darwin lui-même salue cette découverte comme l'une des démonstrations les plus élégantes de sa théorie.
Mécanismes évolutifs du mimétisme batésien
Pour qu'un mimétisme batésien se mette en place, quatre conditions doivent être réunies : un modèle « honnête » réellement dangereux, un prédateur apprenant capable de mémoriser les signaux, un avantage sélectif mesurable pour les individus mimiques, et une rareté relative du mimique par rapport au modèle.
Ce dernier point est crucial : le mimétisme batésien est une relation de « parasitisme » du signal. Si les faux signaux deviennent trop fréquents, les prédateurs perdent confiance dans le signal et augmentent leurs attaques.
Le mimétisme batésien chez les syrphes européens
En Europe, les syrphes constituent le groupe de mimiques batésiens le mieux étudié. Leur ressemblance avec les Hyménoptères sociaux a évolué de manière indépendante dans de nombreuses lignées : Eristalis tenax imite l'abeille, Volucella zonaria imite le frelon européen, Volucella bombylans imite les bourdons, Episyrphus balteatus imite la guêpe commune.
Une étude de Penney et al. (2012) a utilisé des analyses spectrocolorimétriques pour quantifier la précision du mimétisme. Résultat : la ressemblance est souvent encore plus grande pour les oiseaux (qui perçoivent l'UV) que pour l'œil humain.
Mimétisme batésien vs mimétisme müllérien
Fritz Müller décrit en 1879 un autre type de mimétisme : deux espèces dangereuses partagent un même signal d'avertissement, bénéficiant mutuellement du partage du « coût pédagogique » (les attaques qui éduquent les prédateurs). Ce mimétisme müllérien est stable car toutes les espèces contribuent au signal.
Le mimétisme batésien est fondamentalement instable si le mimique devient trop abondant. Des modèles publiés dans Proceedings of the Royal Society B (2020) montrent que si les populations de guêpes communes déclinent trop, les prédateurs réapprendraient à attaquer les insectes à rayures jaune-noir, exposant davantage les syrphes.
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Questions fréquentes
Quelle est la différence entre mimétisme batésien et müllérien ?Dans le mimétisme batésien, seul le mimique est inoffensif — il « vole » la réputation du modèle dangereux. Dans le mimétisme müllérien, les deux espèces sont dangereuses et bénéficient mutuellement de partager le même signal d'avertissement.
Les syrphes ont-ils conscience qu'ils imitent des insectes piqueurs ?Non. Le mimétisme est le résultat de la sélection naturelle sur des millions d'années. Les individus présentant accidentellement une ressemblance plus grande avec les modèles étaient moins souvent attaqués et avaient plus de descendants.
Le déclin des guêpes menace-t-il l'efficacité du mimétisme des syrphes ?Oui, théoriquement. Si les populations de guêpes sociales déclinent en dessous d'un certain seuil, les prédateurs réapprendraient que les insectes à rayures ne sont pas toujours dangereux. Des modèles publiés en 2020 montrent que ce basculement est possible.
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